Conserver sa phrase de récupération : ce qu’apportent l’acier, la passphrase et le multisig à votre sauvegarde
L’affaire Coldcard a mis au premier plan la question du fabricant, sans guère toucher à celle du rangement de la sauvegarde. Ce guide situe le papier, l’acier, la passphrase et les procédés de partage au regard des normes BIP-39 et SLIP-0039.

Conserver sa phrase de récupération : pourquoi le rangement décide du sort de vos fonds
L’attaque visant les appareils Coldcard, en cours depuis la fin juillet, a orienté le débat vers les fabricants, les micrologiciels et les chaînes d’approvisionnement. La question de savoir où se trouve réellement la sauvegarde de son propre portefeuille, et dans quel état, n’a presque pas été abordée. Pour la plupart des particuliers, c’est pourtant la plus concrète.
Le fabricant Coinkite a lui-même formulé l’enjeu dans son avis de sécurité du 30 juillet 2026 : les fonds issus des graines concernées sont menacés dès lors que la graine ne repose pas sur au moins cinquante jets de dés indépendants, effectués en privé. Il s’agit là d’une affirmation sur la naissance d’une graine, non sur son rangement. Elle conduit néanmoins au même point. Une graine est une information dont la valeur dépend entièrement de qui la connaît. L’ampleur du préjudice reste ouverte ; selon le relevé et la date d’arrêté, les estimations se situaient dans les premiers jours d’août entre 86 millions et plus de 130 millions de dollars. Nous avons décrit l’affaire et la question du fabricant dans notre analyse de l’attaque Coldcard.
Ce texte traite de l’autre moitié du problème : comment ranger ces douze ou vingt-quatre mots pour qu’ils survivent à un incendie domestique, à un cambriolage, à un déménagement et à quinze années. Les appareils qui entrent en ligne de compte figurent dans notre comparatif des portefeuilles matériels.
Ce que contiennent les 12 ou 24 mots d’une phrase de récupération
Ces mots ne sont ni des mots de passe ni un raccourci vers un accès de compte. Ils constituent un encodage lisible d’un nombre aléatoire. Qui l’a compris prend presque automatiquement de meilleures décisions de rangement.
Pourquoi la liste compte exactement 2 048 entrées
La norme sous-jacente s’appelle BIP-39. Elle définit une liste de 2 048 mots, ce qui fait que chaque mot porte exactement onze bits. La longueur de la phrase permet donc de lire directement l’entropie qui la fonde : 128 bits donnent douze mots, 160 bits quinze, 192 bits dix-huit, 224 bits vingt et un, et 256 bits vingt-quatre mots.
Une partie de ces bits ne porte aucune information aléatoire. Ils forment une somme de contrôle, que BIP-39 construit à partir des premiers ENT/32 bits de l’empreinte SHA256 de l’entropie. Concrètement : une phrase dont un mot a été mal recopié est rejetée comme invalide par tout portefeuille correctement implémenté, au lieu d’ouvrir en silence un portefeuille vide. Une erreur de transcription apparaît donc dès la première tentative de restauration, et non des années plus tard.
Comment les mots deviennent la graine
La dérivation est elle aussi fixée : PBKDF2 avec HMAC-SHA512, 2 048 itérations, la chaîne « mnemonic » suivie d’une passphrase facultative comme sel, et 512 bits en résultat. Deux conséquences en découlent, qui pèsent lourd pour la conservation.
Premièrement, la restauration n’exige l’appareil d’aucun fabricant en particulier. Qui détient les mots reconstitue la graine avec n’importe quel logiciel appliquant la norme. C’est là la véritable assurance contre la disparition d’un fabricant. Deuxièmement, il n’existe ni demande de confirmation ni bouton de retour. Qui connaît les mots est propriétaire.
Trois façons de perdre la sauvegarde de sa phrase de récupération
Avant de parler matériaux et procédés, un inventaire sobre des voies de perte s’impose. Les mesures prises contre l’une augmentent régulièrement le risque lié à une autre.
- Quelqu’un la trouve. Le bout de papier dans le tiroir, la photo dans la galerie du téléphone, la note dans le gestionnaire de mots de passe. Le cas type n’est que rarement une attaque ciblée. C’est un cambriolage ordinaire, au cours duquel le papier attire l’attention par hasard.
- Elle est détruite. Le feu, l’eau, la moisissure, l’encre qui pâlit. Le déménagement relève aussi de cette catégorie, lorsqu’un carton ne réapparaît jamais.
- Sa propre tête. Qui veut garder une passphrase en mémoire seulement, ou invente un chiffrement maison dont il ne reconstitue plus la règle huit ans après, perd l’accès sans le moindre événement extérieur. À cela s’ajoute la succession.
Comparatif des portefeuilles matériels : modèles, prix et procédés de sauvegardeLa phrase de récupération sur papier : combien de temps une feuille tient vraiment
Presque chaque portefeuille matériel est livré avec une carte en carton sur laquelle les mots doivent être notés. Pour le premier jour, cela convient. Comme solution durable, le papier présente, à côté de sa faiblesse physique bien connue, une seconde faiblesse à laquelle on songe plus rarement : l’écriture elle-même. L’encre de stylo à bille pâlit selon l’exposition à la lumière, et une écriture manuscrite devient ambiguë après quelques années, surtout pour des mots qui se ressemblent. La liste BIP-39 est certes construite de telle sorte que les quatre premières lettres soient univoques, mais cela n’aide que tant qu’elles restent lisibles.
Qui reste au papier devrait écrire en capitales d’imprimerie avec un stylo à encre pigmentée et numéroter l’ordre des mots. La véritable sécurité tient toutefois à un second exemplaire rangé ailleurs, et non au matériau.
La plaque en acier pour la phrase de récupération : ce qui compte dans la conception
Les sauvegardes métalliques sont depuis des années le conseil standard, et ce conseil est juste. Simplement, « acier » ne dit rien de la qualité. Les écarts entre les conceptions sont considérables, et certains produits échouent précisément dans le scénario contre lequel ils sont vendus.
Ce que mesurent les essais de résistance
La base de données publique la plus exploitable en la matière est le projet libre metal-bitcoin-storage-reviews de Jameson Lopp, qui évalue depuis des années les dispositifs de sauvegarde selon un protocole uniforme. Les résultats se résument en trois notes : une pour la chaleur, une pour la corrosion et une pour l’écrasement. La répartition est pertinente, car un appareil peut être excellent dans une catégorie et inutilisable dans une autre.
Deux constantes traversent l’évaluation. Les constructions à plaques, où l’information est retenue par des perforations ou des poinçonnages dans la masse, obtiennent de bons résultats de bout en bout. Les constructions qui misent sur un scellement, un revêtement ou des supports rapportés échouent en revanche bien plus souvent aux essais de chaleur et de corrosion. Ce qui manque dans le métal lui-même peut brûler ou se détacher.
Estamper, poinçonner, graver
Une hiérarchie pratique en découle. En tête viennent les procédés qui retirent ou déforment la matière, soit le poinçonnage, l’estampage à l’aide de poinçons à lettres et la gravure profonde. Derrière se placent les systèmes à plaquettes de lettres individuelles, résistants à la chaleur mais susceptibles de se déplacer en cas de chute ou d’écrasement. En fin de classement figurent toutes les variantes où l’écriture ne fait que reposer en surface.
Après cette semaine, c’est à nos yeux le critère le plus important : ce qui tranche n’est pas de savoir si une sauvegarde est en métal, mais si l’information se trouve dans le métal ou seulement dessus. Qui possède déjà une plaque peut le vérifier en deux minutes en passant l’ongle sur les caractères.
Une remarque pratique : n’estampez jamais l’unique exemplaire. Les poinçons à lettres glissent, et un caractère mal placé ne se corrige pas. Reportez d’abord l’ordre depuis le papier, puis détruisez ce papier une fois la plaque vérifiée.
La passphrase : le 25e mot comme protection supplémentaire
La passphrase facultative de BIP-39 est l’outil le plus puissant et, dans le même temps, le plus dangereux de ce domaine. Elle entre dans la dérivation au titre du sel, et transforme donc les mêmes douze mots en un portefeuille entièrement différent.
Une sauvegarde trouvée seule ne sert dès lors plus à rien à un voleur. La norme décrit expressément cette propriété : chaque passphrase engendre une graine valide, et donc un portefeuille fonctionnel, mais seule la bonne ouvre celui que l’on vise. D’où la possibilité de tenir, à côté des avoirs réels, un second portefeuille faiblement approvisionné, que l’on peut présenter sous la contrainte.
Le prix à payer est souvent passé sous silence. Si la passphrase se perd, la graine est irrémédiablement perdue ; la norme le dit avec cette netteté. Il n’existe aucune somme de contrôle qui signalerait une passphrase mal mémorisée. Le portefeuille s’ouvre simplement vide, ce qui amène régulièrement les personnes concernées à croire leur appareil défectueux.
Notre appréciation est ici prudente. Une passphrase se justifie lorsqu’elle est consignée par écrit et conservée séparément de la sauvegarde des mots. Qui entend la garder exclusivement en tête échange un risque de vol contre un risque d’oubli nettement plus élevé. Pour des montants qui comptent au quotidien, cet échange nous paraît rarement judicieux.
Agrégateurs de portefeuille et outils fiscaux : documenter ses avoirs sans la phrase de récupérationMultisig et SLIP-0039 : partager la phrase de récupération plutôt que la cacher
Qui conserve plus qu’un petit montant se heurte tôt ou tard à la limite de la sauvegarde unique. Un emplacement est toujours soit trop accessible, soit trop inaccessible. Deux procédés établis résolvent cela de manières très différentes.
Multisig
Dans un portefeuille à signatures multiples, c’est le droit de signer qui est réparti, et non la sauvegarde. Une dépense requiert alors, par exemple, deux clés sur trois, lesquelles peuvent résider sur des appareils de fabricants différents. Un seul appareil compromis ne suffit donc plus, et c’est précisément la leçon de l’affaire Coldcard. L’inconvénient tient à la charge de travail : outre les clés, vous devez sauvegarder le descripteur du portefeuille, faute de quoi le montage ne pourra pas être reconstitué plus tard.
SLIP-0039
La norme Shamir de SatoshiLabs partage le secret lui-même en plusieurs parts ; la reconstitution n’intervient qu’une fois réunies suffisamment de parts. SLIP-0039 travaille sur deux niveaux : un seuil de groupe portant sur seize groupes au maximum, et un seuil de membres allant jusqu’à seize parts par groupe. On peut ainsi traduire des règles telles que deux de ses quatre parts personnelles, ou trois amis sur cinq conjointement avec deux membres de la famille sur six. Techniquement, la norme recourt à une liste de mots propre, comptant 1 024 mots. Une part comprend vingt mots pour un secret de 128 bits et trente-trois mots à 256 bits ; les parts manipulées sont détectées par une vérification d’empreinte.
L’inconvénient saute aux yeux. Le procédé est loin d’être pris en charge par tous les appareils, et au moment de la reconstitution la graine complète se retrouve sur un appareil unique. Qui cherche avant tout une redondance contre la destruction s’en tire tout de même mieux qu’avec trois copies identiques. S’il s’agit de se prémunir contre un appareil défaillant isolé, le multisig est l’outil approprié. Les logiciels qui maîtrisent les deux procédés figurent dans notre panorama des portefeuilles logiciels.
Où conserver la sauvegarde de sa phrase de récupération
Dans la pratique, la question de l’emplacement tranche davantage que celle du matériau. Quelques repères :
- Deux emplacements au minimum, qui ne puissent pas être touchés par le même événement. Le logement et la cave du même immeuble ne remplissent pas cette condition.
- Aucun emplacement où des tiers travaillent régulièrement, donc ni le bureau ni la résidence de vacances.
- Le coffre bancaire convient pour la seconde copie, non pour l’unique. L’accès dépend des heures d’ouverture, et en cas de succession la mainlevée prend du temps.
- Un emplacement devrait être atteignable sans déplacement, sinon le test annuel n’aura jamais lieu.
- La passphrase et les mots n’ont jamais leur place au même endroit.
- Consignez par écrit où se trouvent les copies, et déposez cette description auprès d’une personne de confiance ou dans votre testament, sans mentionner les mots eux-mêmes.
Le test de restauration du portefeuille matériel
Une sauvegarde jamais vérifiée n’est qu’une hypothèse. Le test est peu coûteux en effort et devrait avoir lieu une fois par an, de préférence à une date fixée.
Réinitialisez un second appareil bon marché, ou un logiciel de portefeuille sur un ordinateur sain, et restaurez exclusivement à partir de la sauvegarde, jamais de mémoire. Comparez ensuite la première adresse de réception avec celle de votre portefeuille de production. Si les deux concordent, la sauvegarde est complète, passphrase comprise. Vous effacez ensuite l’appareil de test.
Qui travaille avec une passphrase en vérifie du même coup l’orthographe exacte. Un espace supplémentaire ou une majuscule initiale conduit à un autre portefeuille, et de tels écarts n’apparaissent sinon qu’au moment critique.
Erreurs fréquentes dans la conservation de la phrase de récupération
L’énumération qui suit provient du courrier des lecteurs et de cas relevés sur les forums ces derniers mois. Elle n’est pas représentative, mais les schémas se répètent de façon frappante.
- La photo des mots sur le smartphone, synchronisée automatiquement vers le nuage. C’est de loin l’erreur la plus fréquente.
- La saisie de la phrase sur un site qui propose d’en vérifier la validité. De tels formulaires constituent un schéma d’attaque connu.
- L’impression depuis l’imprimante du bureau, qui conserve le fichier dans la mémoire de l’appareil.
- Le partage de la phrase en deux moitiés dans deux endroits.
- Le chiffrement maison, par exemple chaque mot décalé de trois positions. Après des années, plus personne ne se souvient de la règle.
- La sauvegarde que le conjoint détient certes, mais ne sait pas manipuler.
Le point quatre mérite une remarque, car il ressemble à un partage de Shamir sans en être un. Couper douze mots en deux abaisse considérablement l’effort d’un attaquant qui trouve une moitié. Dans le même temps, le risque de perte augmente, puisque deux emplacements doivent désormais fonctionner là où un seul suffisait.
Ce qu’il faut retenir
- Vérifiez dès aujourd’hui sur quel support figurent vos mots. Si la phrase repose sur la carte en carton de l’emballage, planifiez le passage à une sauvegarde métallique où les caractères sont logés dans la matière. Les appareils qui conviennent et leurs prix figurent dans le comparatif des portefeuilles matériels.
- Fixez un second emplacement et inscrivez la date du test. Deux copies dans des lieux indépendants l’un de l’autre, et une restauration par an sur un appareil de test. Si vous souhaitez à cette occasion passer au multisig ou à SLIP-0039, le panorama des portefeuilles logiciels aide à choisir l’application adaptée.
- Documentez vos avoirs séparément des mots. Consignez quels portefeuilles existent et où se trouvent les sauvegardes, sans noter la phrase elle-même. Pour le suivi courant et l’export fiscal, les outils de notre comparatif des agrégateurs de portefeuille et logiciels fiscaux font l’affaire.
Transparence : les pages de comparaison liées contiennent des liens partenaires. Si vous souscrivez via un tel lien, nous pouvons percevoir une rémunération. Cela n’a aucune influence sur l’appréciation des procédés décrits ici ; les données techniques proviennent des normes citées.
Les paramètres techniques de ce texte proviennent des spécifications d’origine : BIP-39 et SLIP-0039.
(Au 7 août 2026. Cet article ne constitue pas un conseil en investissement. Les cours et les grilles tarifaires évoluent ; vérifiez les conditions auprès du prestataire avant tout achat.)
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